Maître Eckhart demandait :
à quoi bon Dieu est-il né dans une étable
s'il ne naît pas maintenant dans notre âme ?
 
L'étable est le corps.
Ou l'âme
- ce qui revient au même.
Jésus, le Petit Maître, 
est la lumière avant toutes les lumières,
après toutes les ténèbres.
 
Tout simplement.
Il est Dieu devenu humain
pour que l'humain devienne divin,
et par là, sans doute, moins inhumain.
 
La lune se vide un peu chaque jour,
semble privée de sa lumière
jusqu'à devenir quasi invisible.
Puis elle se remplit à nouveau du nectar de vie.
 
De même, 
la naissance de Jésus au cœur de l'hivers
suggère la vie qui renaît toujours.
 
C'est au bout de l'expir
que naît l'inspir.
C'est au bout de l'agonie
que l'énergie reprend sa croissance.
 
Après l'expir, un point de suspension,
atemporel, où l'âme va puiser un nouvel élan
pour un cycle nouveau.
Le temporel nourrit par l'éternel.
Dans la nuit naît la lumière.
Dans la nuit la plus longue, 
l'impulsion vers une clarté nouvelle.

Dans la terre gelée,
dure comme la pierre,
l'arbre vert prend racine.
Dans l'immobile,
le souffle s'élance
vers le ciel.
La sève salvatrice
s'élève,
chaude et nourrissante,
annonce de la bonne nouvelle.
 
Pourquoi ?
Parce que l'obscurité, la mort, le vide,
invitent au lâcher-prise,
à faire silence de toutes nos voix
pour laisser résonner le chœur des anges.
 
Que se passe-t-il quand une pensée cesse, 
là, maintenant ? 
Toutes mes prétentions cessent.
Je n'ai plus rien,
comme un pauvre erre
perdu au cœur de l'hivers.
Et pourtant,
"je suis".